Alors que la campagne de déclaration des revenus a été ouverte ce 9 avril, l’Ordre des experts-comptables lance la 21e édition d’«Allô Impôt », un guide pratique pour aider les contribuables à naviguer dans un paysage fiscal en mutation. De son côté le gouvernement cherche à moderniser la relation avec l'usager à l’aide de l’intelligence artificielle.
Le calendrier est lancé ! Depuis ce jeudi 9 avril, les quelque 40 millions de foyers fiscaux français peuvent se connecter à impots.gouv.fr pour déclarer leurs revenus de l'année 2025. Les dates limites s'échelonnent du 21 mai au 4 juin selon les départements.
Et c’est là que les experts-comptables entrent en scène : depuis plus de deux décennies, le CNOEC se mobilise pour offrir un service accessible à tous, gratuitement. Pour cette campagne 2026, l'opération « Allô Impôt » permet aux citoyens de solliciter des réponses « simples et fiables » auprès des professionnels du chiffre.
Comme le souligne Damien Charrier, Président du Conseil national de l'ordre des experts-comptables, cet engagement illustre leur rôle d'« acteurs de confiance au service de l'intérêt général ».Ainsi, le document, synthétique, s'adresse à tous ceux qui, face à une déclaration préremplie, se demandent si les chiffres affichés sont les bons, ou si une nouveauté fiscale les concerne.
A noter que la principale mesure de portée générale concerne la revalorisation du barème de l'impôt sur le revenu de 0,9 %, destinée à neutraliser partiellement les effets de l'inflation. Voici un aperçu des autres mesures, particulièrement celles qui concernent les entreprises.
Hauts revenus : la contribution différentielle reconduite
Instaurée en 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est prolongée par la loi de finances 2026. Elle s'applique aux foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € pour un célibataire, 500 000 € pour un couple, et vise à garantir un taux d'imposition minimal de 20 %, jusqu'à ce que le déficit public passe sous la barre des 3 % du PIB. La liquidation pour les revenus 2025 interviendra à l'été 2026.
Indépendants : Une assiette sociale simplifiée
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 modifie radicalement le calcul des prélèvements sociaux des travailleurs non-salariés (TNS) pour les revenus 2025 (déclarés en 2026). L'objectif affiché est d'harmoniser les pratiques et de renforcer les droits sociaux. Le calcul ne se base plus sur le revenu net fiscal, mais sur une assiette unifiée :
- Abattement forfaitaire : La déduction « au réel » des cotisations est remplacée par un abattement forfaitaire de 26 % appliqué automatiquement sur le chiffre d'affaires après déduction des charges d'exploitation.
- Droits à la retraite : la réforme modifie la répartition des prélèvements : la part de la CSG-CRDS diminue au profit des cotisations retraite, améliorant ainsi les droits individuels des indépendants.
Nouvelles pressions fiscales sur les structures patrimoniales
Le guide 2026 met également en garde sur des mesures ciblant spécifiquement la détention d'actifs via des sociétés.
Ainsi, une nouvelle taxe de 20 % est instaurée pour les holdings détenant plus de 5 millions d'euros d'actifs. Elle vise la valeur vénale des biens dits « somptuaires » (yachts, véhicules de collection, bijoux etc.) non liés à l'activité professionnelle.
De la même façon, le régime d'imposition des gains réalisés par les salariés ou dirigeants sur leurs instruments d'intéressement est durci. Depuis le 1er janvier 2025, le gain d'exercice des BSPCE (avantage salarial) est distingué du gain de cession et soumis à l'impôt dès l'année de disposition des titres.
Par ailleurs, un coup de rabot important frappe les loueurs de meublés non classés, dont le seuil du régime micro-BIC est abaissé à 15 000 € (auparavant 77 700 €) tandis que l'abattement chute de 50 % à 30 %.
A noter aussi que le plafond des versements pour les associations d'aide aux plus démunis est doublé, passant à 2 000 €, avec un taux de réduction porté exceptionnellement à 75 % pour les dons effectués à partir du 14 octobre 2025.
Côté administration : l'IA s'invite dans la relation fiscale
Le gouvernement met en avant deux nouveautés numériques pour cette campagne. Ainsi, Impots.gouv.fr se dote d'un moteur de recherche enrichi par intelligence artificielle, développé et hébergé en interne. L'application mobile s'ouvre quant à elle à la messagerie sécurisée avec les agents fiscaux.
Selon David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes public, cet outil souverain permet d'accéder « à la source, à une information fiable, contrairement aux agents conversationnels privés qui font des erreurs ».
Par ailleurs, un outil baptisé « Langage clair » sera déployé pour aider les agents de la DGFiP à « reformuler des réponses techniques en messages faciles à comprendre ».
Le Ministre a aussi souligné que ces évolutions, comme la facturation électronique, constituent une étape cruciale de la « dématérialisation de nos pratiques les plus courantes ». Il rappelle que si l'administration privilégie la « bienveillance pour les usagers de bonne foi », elle fera preuve de la « plus grande fermeté envers les fraudeurs » grâce à une détection précoce des indices de fraude dès la phase déclarative.
Allô impôt : six journées de permanences téléphoniques gratuites |
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Face aux évolutions de la déclaration d’impôts sur le revenu, l'Ordre des experts-comptables mobilise ses membres bénévolement sur six journées. Le numéro vert 0 800 06 54 32 sera accessible les 20, 21, 27 et 28 mai, puis les 3 et 4 juin 2026, de 9h à 18h, et jusqu'à 21h les soirs de nocturne (21 mai, 28 mai et 4 juin). « Si la déclaration automatique continue de simplifier les démarches pour certains contribuables, elle ne dispense pas d'être vigilant : vérifier, c'est déclarer », ont insisté Damien Charrier et Gilles Bösiger, respectivement présidents du Conseil national et régional de l'Ordre des experts-comptables. La mise en garde vise notamment les contribuables tentés de laisser leur déclaration préremplie sans la contrôler : situation familiale modifiée, changement de revenus, options spécifiques, autant de situations qui peuvent peser sur le montant final de l'impôt sans que l'administration n'en ait connaissance automatiquement. |
Samorya Wilson
