Selon la dernière étude de l'Observatoire de la transformation comptable, publiée ce 18 mai 2026 par Sixthfin, en partenariat avec l'institut Odoxa, la clôture des comptes reste un exercice éprouvant pour les équipes financières des grandes entreprises françaises. Excel y règne toujours en maître tandis que l'intelligence artificielle suscite de grands espoirs.
Délais trop courts, surcharge de travail, manque de temps pour l'analyse... Les auteurs de l'étude Sixthfin-Odoxa révèlent que la clôture des comptes impacte l'organisation et le moral de plus de 90 % des équipes financières. Une situation critique qui pousse notamment les directeurs financiers à chercher d'urgence des solutions de modernisation.
Un rituel managérial synonyme d'épuisement opérationnel
Selon les conclusions de l’Observatoire de la transformation comptable Sixthfin-Odoxa, mené auprès de 303 décideurs financiers d'entreprises de plus de 250 salariés, la clôture comptable s’apparente chaque mois à un véritable sprint d'une intensité critique. Ainsi, pour 74 % des structures interrogées, ce processus se comprime sur une durée de 3 à 8 jours. L'effort s’avère d'ailleurs particulièrement resserré en France, où près de la moitié des entreprises (47 %) boucle l'opération en 3 à 5 jours, contre seulement 35 % au Royaume-Uni.
L'étude met en lumière l'impact psychologique et managérial de cette course contre la montre. Les auteurs de l'étude rapportent ainsi que plus de 90 % des décideurs financiers soulignent les répercussions majeures de la clôture sur la charge de travail (96 %) et sur la motivation des équipes (92 %).
Cette période engendre une accumulation de facteurs anxiogènes : les délais trop courts représentent une source de stress pour 89 % des équipes, suivis de près par le manque de temps dévolu à l'analyse (86 %) et la gestion simultanée de projets parallèles (85 %).
Au final, seulement un tiers (35 %) des dirigeants français se déclarent pleinement satisfaits de la manière dont la clôture comptable est pilotée au sein de leur organisation.
Le règne de l'artisanat : Excel fait de la résistance
L'un des enseignements les plus frappants de cette étude tient à la persistance des outils bureautiques traditionnels, voire « artisanaux ». Bien que les progiciels de gestion intégrés (comme les ERP Oracle, SAP etc.) équipent 54 % des directions financières, les outils bureautiques classiques continuent de régner en maîtres.
Ainsi, le tableur Excel demeure le pivot incontournable du dispositif, utilisé par 63 % des décideurs. À l'inverse, l'usage de logiciels experts dédiés à la justification des comptes reste embryonnaire et ne concerne que 2 % des entreprises privées de taille intermédiaire (ETI) et des grandes entreprises (GE).
Cette dépendance technologique se double de failles organisationnelles majeures. Selon l'étude, les principaux grains de sable qui enrayent la machine sont avant tout d'ordre humain et collaboratif. Les dirigeants pointent au premier rang la transmission tardive des flux d'informations (48 %), la dépendance exacerbée vis-à-vis de certaines personnes clés (32 %), l'empilement complexe de fichiers tableurs (31 %) et le déficit de coordination entre les différents services (27 %). En revanche, l'inadaptation intrinsèque des outils n'arrive qu'au second plan des préoccupations (17 %).
Un manque de confiance persistant dans la fiabilité des chiffres
Cette architecture logicielle fragile et fragmentée porte directement préjudice à l'objectif ultime de la fonction financière : la certitude statistique. Paradoxalement, l'enquête relève que seuls 50 % des directeurs administratifs et financiers (DAF) se disent « très confiants » quant à l'exactitude de leurs données une fois les écritures figées et les contrôles effectués. Ce chiffre tombe à 46 % dans les entreprises utilisant Excel comme outil principal, et à 48 % dans les structures de 5 000 salariés et plus.
Par conséquent, l’amélioration de la fiabilité financière demeure le chantier prioritaire absolu pour 69 % des responsables financiers, reléguant la stricte réduction des délais ou l'allègement de la charge opérationnelle au second plan.
Pour sécuriser le dispositif, l’étude démontre que les priorités de renforcement se dispersent sur l'ensemble de la chaîne, traduisant un besoin global de modernisation : le calcul des écritures de régularisation (46 %), la justification des comptes (43 %), la validation des écritures manuelles (43 %) et la revue analytique (40 %).
L'intelligence artificielle : le futur collaborateur des comptables
Face à ce constat de saturation, l’intelligence artificielle est perçue par les professionnels du secteur comme le levier de rupture idéal. Les auteurs de l'étude mesurent une adhésion massive : plus de 7 décideurs financiers sur 10 affirment accorder leur confiance à l'IA pour optimiser les différentes étapes de la clôture. L'automatisation des tâches répétitives et chronophages suscite 80 % d'opinions favorables, tandis que les algorithmes dédiés à la détection d'anomalies et au contrôle des calculs réunissent 76 % d'approbations. Néanmoins, cette confiance reste pour l'heure prudente, puisque seule une minorité (environ un tiers) se dit « tout à fait » convaincue.
Cette mutation technologique imminente redessine d'ores et déjà les contours des métiers du chiffre.
Le comptable de demain : analyste avant tout
L'étude se clôt sur une question prospective : quelles compétences devront maîtriser les comptables de demain ? Pour 40 % des dirigeants interrogés, c'est l'esprit analytique et la résolution de problèmes qui primeront. La capacité d'adaptation aux nouvelles technologies et réglementations arrive en seconde position (39 %), tandis que les compétences en communication et pédagogie ne recueillent que 20 % des suffrages.
Pour les auteurs de l'observatoire, ce résultat traduit un changement de posture attendu des équipes comptables : moins d'exécution manuelle, davantage d'interprétation et d'agilité technologique. Une transformation qui suppose, en creux, que les outils, à commencer par Excel, laissent progressivement place à des solutions plus automatisées et plus intelligentes.
Samorya Wilson
