La confraternité, un « esprit de famille » dans la vie professionnelle

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Une tribune d'Olivier Salustro, Président de la CRCC de Paris.

C’est une des valeurs les plus nobles. Elle régit les sociétés humaines depuis la nuit des temps, s’affiche en toutes lettres au fronton de nos mairies et suscite de grandes aventures collectives. La fraternité ! Au-delà des liens du sang, un formidable ciment social, un principe républicain agissant, un gage de paix civile.

En cette année 2020 ébranlée par des flambées de violence liées à la « question raciale » aux Etats-Unis et ailleurs, comment ne pas comprendre l’importance de la fraternité et la nécessité vitale de la protéger et de la faire vivre sans relâche ?

Martin Luther King affirmait : « Si nous ne vivons pas ensemble comme des frères, nous allons mourir ensemble comme des imbéciles. » Intelligente et apaisante fraternité !

Dans le monde du travail, la belle notion de confraternité relève à la fois du sentiment et du droit. Elle aide à faire en toutes circonstances le choix de l’entraide, de la solidarité et des bonnes manières entre membres d’une même communauté professionnelle.

Tous frères ?

On pourrait s’étonner de la place faite dans la déontologie de nombreuses professions au lien de confraternité.

Après tout, l’Histoire et la mythologie nous rappellent que les relations entre frères ne sont pas toujours un long fleuve tranquille, voyez Abel et Caïn, Romulus et Remus, etc.

En quoi ce qui relève à la base des liens du sang serait-il pertinent pour régir les relations entre des personnes sans aucun lien de parenté ?

Et puis, certaines professions comptant de plus en plus de femmes et donc de consœurs, ne serait-il pas juste de parler également de « consororité » ? Certes, il existe des frères ennemis mais la norme – heureusement – est plutôt à la bonne entente.

La fraternité n’est pas seulement de l’ordre de la nature : c’est une valeur morale. Elle permet de faire communauté, de cultiver un sentiment d’appartenance et d’éviter des conflits dommageables entre membres d’une même fratrie professionnelle. Car au-delà de la diversité des tempéraments et des situations, il y a un commun qui les soude et dont la confraternité est justement le nom. Ce commun repose sur un état d’esprit, une formation, des conditions d’exercice, une fierté d’appartenance et des obligations mutuelles.

Commissaires aux (bons) comptes confraternels

« Dans le respect des obligations attachées à leur activité professionnelle, les commissaires aux comptes entretiennent entre eux des rapports de confraternité » rappelle le code de déontologie en son article 8.

La confraternité, article capital du code d’honneur professionnel : les CAC doivent s’interdire tout comportement ou propos déloyal à l’égard d’un confrère – ou d’une consœur – ou qui serait de nature à ternir l’image de la profession. Entre eux, l’amabilité, à défaut d’amitié, doit toujours primer ; la conciliation, l’esprit de concorde, doivent l’emporter sur le rapport de force, l’agressivité et l’animosité ; le respect, la courtoisie, la bienveillance sont de règle.

Retenue, discrétion, prudence : autant de vertus que la déontologie célèbre et apprend à cultiver. Pas question de colporter des rumeurs sur un confrère, encore moins d’utiliser des informations à son encontre. Pas question (même si la tentation peut être parfois grande !) de médire d’un collègue, de le calomnier, d’en dire du mal à ses clients ou à ses parties prenantes.

La confraternité impose donc bienséance et dignité, voire grandeur d’âme. Elle exige que l’on fasse preuve de loyauté et d’élégance dans ses propos et dans ses actes. Une excellente façon d’éviter bien des pommes de discorde, notamment en matière de reprise de dossiers ou de cession de clientèle, où des contestations sont souvent à craindre. Les bons comptes ne font-ils pas les bons confrères ?

Mieux qu’une simple « abstention de nuire », la confraternité incite donc à faire preuve de solidarité, d’empathie, d’aménité avec ses confrères.

L’entraide n’est pas un vain mot. Concurrence n’est pas rivalité, encore moins adversité et inimitié. S’épauler, se tenir les coudes, se porter estime et considération en avançant dans la même direction, en visant les mêmes buts, en œuvrant de concert au service de l’intérêt supérieur de la profession : telle est la raison d’être de cette force, de ce ciment, de cette énergie collective. Humanité, équité, confraternité !

Olivier Salustro, Président de la CRCC de Paris

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