Entreprises en difficulté : un duo expert-comptable et avocat pour s'en sortir

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Cela n'arrive pas qu'aux autres. Accidents de parcours ou difficultés structurelles peuvent conduire l'entreprise vers de graves difficultés et mettre en péril le patrimoine du dirigeant. Benoit Nowaczyk, associé Walter France et Philippe Saigne, associé Simon & Associés, ont expliqué lors d'une conférence organisée avec la DFCG et animée par Pascal Ferron, vice-président de Walter France, comment mieux surmonter ces problèmes en faisant intervenir des spécialistes.

50 % des entreprises disparaissent dans les cinq ans à compter de leur création et on déplore 55 000 défaillances chaque année. Ce chiffre pourrait être nettement réduit en agissant sur trois niveaux. D'abord, en s'organisant en amont par la mise en place d'indicateurs clés permettant de suivre de près l'activité et d'anticiper les difficultés. Ensuite, en discutant le plus rapidement possible avec ses conseils. En effet, souvent le chef d'entreprise voudra s'en sortir seul sans réelle stratégie. Enfin, en faisant intervenir de véritables spécialistes des entreprises en difficulté.

Les signaux d'alerte

Un divorce, une baisse de forme engendrant quelques mois de flottement et le chef d'entreprise pourra passer de l'autre côté du miroir... Les événements suivants doivent l'alerter sur de probables difficultés à venir :

  • maladie, divorce du dirigeant ;
  • départ d'un homme clé ;
  • perte d'un gros client ;
  • non-renouvellement d'un concours bancaire ;
  • obsolescence technologique (transition numérique, cybercriminalité) ;
  • fraude ;
  • changement de règlementation.

Une législation en perpétuelle évolution

Depuis 1967, la législation relative au traitement des entreprises en difficulté a beaucoup évolué. C'est un droit qui se forge en continu. Aujourd'hui, le corpus législatif est adapté et des possibilités existent. Pourtant, le taux d'échec reste important : deux tiers des redressements judiciaires finissent en liquidation.

Les enjeux : agir vite et bien

Prévention et réactivité sont ainsi les maîtres mots de la réussite pour identifier et mettre en œuvre rapidement la bonne solution. Dans la pratique, le chef d'entreprise aura déjà essayé de s'en sortir seul avant de faire appel à des conseils, au détriment de la procédure judiciaire. Ces derniers devront alors identifier la bonne solution en dérogeant aux règles de la vie normale des affaires. Une autre réalité doit impérativement être prise en compte pour que l'entreprise ait une chance de s'en sortir : le temps judiciaire n'est pas du tout le même que le temps économique.

Une clé du succès est la prise en compte de la psychologie du chef d'entreprise. Les conseils doivent passer beaucoup de temps avec le dirigeant qui est nécessairement déprimé, mais qui devra passer l'étape du déni, accepter l'échec et surtout mettre son ego de côté. Selon Philippe Saigne, « il est parfois préférable que le chef d'entreprise laisse la main à un manager de transition qui saura prendre les mesures nécessaires à une restructuration souvent difficile à mener soi-même. »

Souvent également, certains conseils orientent l'entreprise vers la procédure de sauvegarde sous prétexte que la caution sera difficilement exigible. Or cela ne sert strictement à rien, car si le plan de sauvegarde ne peut pas être respecté, tôt ou tard la caution sera appelée.

Eviter la spirale fatale des 4 D

Dette, puis Dépression, puis Divorce et enfin Décès par suicide ou maladie... Cette spirale dramatique guette tout dirigeant en difficulté. Mais Pascal Ferron rappelle qu'« il y a des solutions. Une association a été créée sur ce sujet il y a quelques années, l'APESA (Aide Psychologique pour les Entrepreneurs en Souffrance Aiguë), dont nous sommes d'ailleurs partenaire, que tous les conseils et tribunaux de commerce devraient connaître, afin d'orienter au plus tôt les dirigeants en détresse vers un soutien psychologique, bien avant que la spirale fatale ne s'abatte sur ceux. Car la combativité du dirigeant fait toute la différence et est déterminante dans sa capacité à redresser son entreprise. Il est pratiquement impossible de sauver l'entreprise d'un dirigeant qui a jeté l'éponge ! »

Faire appel à des spécialistes qui se coordonnent

Le traitement des difficultés des entreprises est une spécialité qui ne s'improvise pas et qui n'a rien à voir avec les missions traditionnelles des experts-comptables et des avocats. Les premiers n'appréhendent pas toujours correctement l'impact sur la trésorerie et les seconds ne maîtrisent pas bien les comptes. D'où l'intérêt pour le chef d'entreprise en difficulté de faire appel à des structures spécialisées qui intègrent des experts des deux professions.

Pour Benoit Nowaczyk, « certes, souvent les chefs d'entreprise commettent une grave erreur en ne parlant pas de leurs difficultés à leurs conseils. Mais une fois que les problèmes sont là, faire appel à une équipe restreinte et spécialisée permet de limiter le nombre d'intervenants, d'établir très rapidement un diagnostic, de prendre des décisions concertées et surtout d'agir vite. »

Le recours à une équipe pluridisciplinaire permet de faire face à l'enchevêtrement des problématiques juridiques et financières avec à la clé, un gain de temps particulièrement précieux dans ces situations. Cela permet :

  • de cerner efficacement les causes des difficultés ;
  • d'analyser conjointement les clauses juridiques de certains contrats et leurs implications en termes de marge ;
  • de disposer d'un diagnostic financier doublé des enjeux juridiques ;
  • d'identifier la bonne solution dans une zone dérogatoire de la vie normale des affaires, tout en maîtrisant l'environnement juridique des procédures collectives ;
  • d'être très réactif dans un contexte économique et juridique où le facteur temps est crucial.

Une bonne connaissance des textes permet de préparer efficacement un plan de redressement et une bonne connaissance de la situation économique de la société permet d'éviter une aggravation des difficultés conduisant à une liquidation.

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