Selon le premier Observatoire des investissements IA en entreprise publié par Najar, le 16 septembre 2026, 93 % des usages de l'intelligence artificielle en entreprise échappent aux circuits d'achat classiques. Une dérive qui se traduit par des doublons coûteux, une explosion des prix des abonnements SaaS et une perte de visibilité budgétaire pour les directions financières.
Combien une entreprise dépense-t-elle vraiment pour l'intelligence artificielle ? La question, en apparence simple, tourne au casse-tête pour la plupart des directions financières. C'est ce que révèle le nouvel Observatoire publié par Najar, une plateforme d'optimisation des achats technologiques, réalisé à partir de données anonymisées, collectées auprès de plus de 250 entreprises européennes, principalement dans la technologie, la distribution et le capital-investissement.
L’étude note que la dépense IA s'est diffusée dans toute la pile logicielle des organisations, entre souscriptions directes par les équipes, fonctionnalités glissées dans les renouvellements SaaS et consommation variable au token ou au crédit, au point de devenir largement incontrôlable.
Un shadow IT généralisé
Le premier enseignement de l'étude démontre que la quasi-totalité des usages de l'IA en entreprise se développe en dehors de tout cadre formel. Ainsi, 93 % des usages IA ne s'accompagnent d'aucun contrat, les collaborateurs s'inscrivant directement à des offres freemium ou souscrivant par carte bancaire à des outils testés en quelques minutes.
Cette adoption sauvage reste toutefois concentrée sur un petit nombre d'acteurs, puisque ChatGPT, Cursor et Claude représenteraient à eux seuls 95 % des outils IA spécialisés détectés dans ce shadow IT. Selon les auteurs, le risque est double pour les entreprises : des dépenses qui progressent sans aucune négociation tarifaire et des usages qui échappent aux politiques de sécurité et de conformité.
Des coûts IA dissimulés dans les renouvellements SaaS
Au-delà de cette adoption informelle, l'Observatoire pointe une seconde source de dépense, plus discrète, comme l'intégration de fonctionnalités IA dans des logiciels SaaS déjà utilisés (CRM, outils de gestion de projet, et suites collaboratives). Cette IA dite « AI-enabled » vient alourdir la facture au moment du renouvellement des abonnements, sans toujours apparaître comme une hausse explicitement liée à l'IA. Ce qui se traduit par un prix moyen des renouvellements SaaS passant de +11,5 % en 2024 à +16 % en 2025, et qui pourrait atteindre jusqu'à +25 % en 2026.
Ironie du sort, ces fonctionnalités coûteuses restent très peu utilisées. Ainsi, Najar relève un taux d'activation de seulement 2,4 % pour HubSpot Breeze AI, 2 % pour Zendesk AI Copilot et 10,6 % pour Agentforce, l'offre IA de Salesforce. « Là où les dépenses logicielles étaient historiquement pilotées par abonnement ou par renouvellement annuel, elles deviennent désormais plus diffuses et parfois plus difficiles à rattacher à un contrat clairement identifié », pointe Vincent Coste, CEO et fondateur de Najar.
Des doublons qui coûtent cher
L’autre phénomène mis en lumière par l'Observatoire est la multiplication des outils redondants au sein d'une même organisation, faute de coordination entre départements. La moitié des entreprises équipées d'un outil de rédaction IA en possèdent au moins deux couvrant des usages similaires, et 16 % en possèdent trois ou plus.
Toutes les entreprises utilisant Cursor conservent également GitHub Copilot en parallèle, tandis que 77 % des utilisatrices de Notion paient aussi pour une IA déjà incluse dans leur abonnement Google Workspace ou Microsoft 365. D'après l’étude, une entreprise de 200 salariés qui supprimerait un seul outil de rédaction IA redondant pourrait économiser entre 15 000 et 30 000 euros par an.
Vers une facturation à l'usage, plus difficile à anticiper
L'étude met aussi en lumière une transformation plus structurelle qui consiste à passer d'un modèle SaaS fondé sur l'abonnement à une facturation indexée sur l'usage, API, tokens, crédits ou agents activés. Elle relève qu’à effectifs constants, certaines organisations ont vu leurs dépenses auprès d'OpenAI progresser de 129 %.
Les écarts de prix peuvent en outre être considérables selon les modèles utilisés, les tarifs observés chez OpenAI allant de 0,05 à 150 dollars par million de tokens. Des systèmes de crédits proposés par des outils comme Midjourney, Cursor, ElevenLabs ou Runway peuvent par ailleurs générer des dépenses additionnelles une fois les quotas mensuels épuisés.
Reprendre la main sur la dépense IA
Face à cette dispersion, Najar appelle les directions financières, achats et IT à traiter l'IA comme une catégorie d'achat à part entière. « Il s'agit notamment d'inventorier les outils utilisés, encadrer les achats par carte bancaire, vérifier les doublons avant chaque renouvellement, exiger des plafonds de dépense sur tous les modèles facturés à l'usage et créer une ligne budgétaire IA suivie de façon centralisée », résume Vincent Coste. Un changement de paradigme que l’entreprise juge désormais incontournable, alors que l'IA s'impose comme un poste de dépense à la fois massif et largement invisible pour les entreprises.
Samorya Wilson
