Du 16 au 18 septembre 2026, Paris Expo Porte de Versailles a accueilli près de 9 000 experts-comptables et 329 partenaires pour la 81ᵉ édition du congrès de l'Ordre des experts-comptables. Placée sous le thème «[Re]fondation des cabinets :environnement - valeur – compétences », cette édition a mis la profession face à aux enjeux qui redessinent son quotidien. La plénière d'ouverture, animée avec humour par le comédien Bruno Solo, a réuni le président du Conseil national de l'Ordre Damien Charrier, la directrice générale des Finances publiques Amélie Verdier et le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel.
C'est dans une ambiance résolument festive que s'est ouvert, ce mercredi matin, le 81ᵉ congrès de l'Ordre des experts-comptables, avec une plénière officiellement intitulée « Une profession challengée : le temps de la refondation ». Sur la grande scène de Paris Expo, feux d'ambiance, musique et humour ont accompagné l'entrée des cinq « rapporteurs » du congrès, Pierrick Chauvin, Emmanuel Lejeune, Charlotte Pachabeyian, Elvire Sekloka, avant que le président Damien Charrier ne déclare officiellement ouverte cette édition placée sous le signe de la refondation. Un mot choisi avec soin : celui d'une profession qui doit, en l'espace de quelques mois, absorber deux réformes structurantes, la facturation électronique et l'irruption de l'intelligence artificielle dans les cabinets, sans perdre ce qui fait, selon les intervenants, sa valeur ajoutée : la relation de confiance avec le client.
Une plénière d'ouverture entre rires et refondation
Recruté comme maître de cérémonie depuis le début de l'année, le comédien Bruno Solo a multiplié les traits d'humour tout au long de la matinée, jusqu'à se voir remettre la médaille de l'Ordre des experts-comptables « pour ses compétences d'historien de cette aventure ». Interrogé sur l'essor de l'intelligence artificielle dans les métiers du chiffre, l'acteur n'a pas manqué de faire sourire la salle : « Je suis heureux d'avoir 60 ans, je te le dis. Je ne vais pas commencer ce métier ! », a-t-il lancé à Damien Charrier, avant d'ajouter que les comédiens, eux aussi, devraient bientôt composer avec l'intelligence artificielle.
La plénière a également donné la parole à Mathieu Baudin, historien, prospectiviste et directeur de l'Institut des futurs souhaitables, venu proposer « un nouveau regard sur l'avenir » de la profession. Filant une métaphore biologique, il a comparé la période actuelle à une « chrysalide » plutôt qu'à une crise, invitant les congressistes à « abandonner », « améliorer » et surtout « adopter » de nouvelles pratiques : « il y a plus de risques à ne pas bouger qu'à bouger », a-t-il résumé, dans une intervention qui a marqué les esprits par son ton résolument optimiste.
Facturation électronique : une dynamique « au-delà des attentes »
Sujet numéro un du congrès, la généralisation de la facturation électronique pour les grandes entreprises, entrée en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2026, a fait l'objet d'un premier bilan chiffré par le ministre David Amiel (voir encadré).
Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, a de son côté, salué la mobilisation des cabinets, tout en rappelant l'ampleur du travail engagé depuis près de deux ans : « mes équipes ont recensé trois mille six cents réunions, sur au moins dix-huit, vingt-quatre mois, et je pense que c'est aussi la clé du succès ».
Elle a toutefois prévenu que l'étape la plus difficile reste à venir : la généralisation de l'obligation d'émission, prévue le 1ᵉʳ septembre 2027, concernera cette fois les plus petites structures, y compris les auto-entrepreneurs. « Il va falloir aller chercher ceux qui pensent encore que ce n'est pas pour eux », a-t-elle insisté. Un comité de suivi de la réforme, associant pleinement l'Ordre, sera installé début octobre sous la présidence du ministre lui-même.
Le ministre promet : pas de sanction, mais pas de répit |
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David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics a donné tenu à préciser certains points sur les enjeux du secteur
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Cybersécurité : la profession muscle sa chaîne de confiance
Un an après le lancement d'Expert ID, l'identité numérique de la profession, Damien Charrier a détaillé les prochaines briques de sécurisation des échanges, à commencer par le futur « Compte Expert Plus » : « L'objectif poursuivi, c'est de créer une véritable chaîne de confiance numérique les opérations sensibles devront être validées avec une reconnaissance biométrique ».
Côté pouvoirs publics, David Amiel a rappelé le niveau d'exigence imposé aux plateformes de facturation agréées ( certification ISO 27001) et hébergement labellisé SecNumCloud , tandis qu'Amélie Verdier a confirmé qu'un contrôle accru des plateformes partenaires était en cours : « On est dans un sprint là d'échange avec toutes les plateformes partenaires agréées pour vérifier leur cahier des charges de protection des données et de cybersécurité, avec des preuves ».
Sur la généralisation de la double authentification, promise pour 2027, la directrice de la DGFiP est restée prudente : « Notre priorité absolue, c'est qu'on déploie en 2027 la double authentification pour les professionnels. On est en train de regarder la meilleure solution fiable dans la durée ».
La profession face à l'intelligence artificielle et la souveraineté numérique
Au-delà de la facture électronique, c'est bien la transformation du métier par l'intelligence artificielle et l'automatisation qui a structuré les échanges jusqu'à faire l'objet d'une grande conférence dédiée, « Data, IA, souveraineté : refonder notre puissance numérique », le mercredi en fin de journée. Face à des enjeux jugés désormais géopolitiques, l'eurodéputée Stéphanie Yon-Courtin y a exposé la vision européenne de la souveraineté numérique, la politologue et essayiste Asma Mhalla a analysé la manière dont la technologie redessine les rapports de force entre États, entreprises et plateformes, tandis que le data scientist Fabien Serra, cofondateur de la start-up Tizy, a montré comment traduire ces enjeux en stratégie IA concrète pour les cabinets.
Les rapporteurs du congrès, chargés de préparer les débats en régions tout au long de l'année, ont pour leur part insisté sur la nécessité de replacer la relation client au cœur des cabinets, le temps libéré par l'automatisation devant être réinvesti dans l'écoute et le conseil plutôt que dans la seule production comptable.
Rendez-vous en 2027
En clôture des échanges, Damien Charrier a résumé l'esprit de ce congrès placé sous le signe de la confiance retrouvée avec l'administration fiscale qui a tenu a précise que : « la DGFiP et les experts-comptables sont des partenaires de confiance et on fait ce qu'on dit. » Rendez-vous est donc déjà pris pour la prochaine étape clé du calendrier : le 1ᵉʳ septembre 2027 et la généralisation de l'obligation d'émission des factures électroniques à l'ensemble des entreprises françaises, TPE comprises.
Samorya Wilson

