La France, leader européen des investissements étrangers, mais son attractivité vacille

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Le Baromètre annuel de l’attractivité publié par le cabinet EY, ce 21 mai 2026, révèle que la France conserve pour la septième année consécutive, sa place de première destination des investissements étrangers en Europe. Toutefois, derrière cette pole position se cache un net ralentissement : l’attractivité nationale recule, entre baisse des projets et attentisme des grands patrons mondiaux.

Malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et un ralentissement économique mondial, la France conserve pour la septième année consécutive sa première place européenne en matière d’attractivité pour les investissements directs étrangers (IDE), selon le Baromètre EY de l’Attractivité de la France 2026 publié ce mois-ci. Cependant, l’étude basée sur l’analyse de 5 026 investissements étrangers en Europe et une enquête auprès de 500 dirigeants internationaux, souligne que cette position est désormais menacée par une baisse significative des projets et une concurrence accrue, tant au sein de l’Europe qu’à l’échelle mondiale.

Un septième sacre européen sur fond de résilience économique

L'étude d'EY révèle que parmi les 47 pays du Vieux Continent, la France a enregistré 852 projets au cours de l'année 2025. Cette performance lui permet de devancer à nouveau ses deux rivaux historiques, le Royaume-Uni (730 projets) et l'Allemagne (548 projets), tous deux également pénalisés par un contexte macroéconomique et géopolitique mondial particulièrement lourd.

L'un des enseignements majeurs de l'enquête réside dans la résistance du marché de l'emploi lié à ces investissements. Ainsi, le cabinet EY observe que les projets captés par l'Hexagone ont généré 28 000 emplois. Bien que ce chiffre s'inscrive en baisse de 4 % sur un an, le recul français s'avère nettement plus limité que la chute brutale constatée à l'échelle européenne, où les créations d'emplois associées aux IDE se sont effondrées de 25 %.

De plus, l'image de la France demeure solide auprès des instances décisionnelles. Interrogés par les auteurs de l'étude, 38 % des dirigeants internationaux placent l'Hexagone en tête des pays les plus attractifs d'Europe, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni, crédités chacun de 31 %.

Signaux d’alarme sur le front industriel et technologique

Malgré ce leadership de façade, les données détaillées par le cabinet EY tirent la sonnette d'alarme. En effet, le nombre total de projets annoncés en France a dégringolé de 17 % par rapport à l'exercice précédent. Un repli nettement plus sévère que la moyenne continentale, qui s'établit à -7 %. Par rapport au pic observé en 2022, le site France a ainsi égaré près de 400 décisions d'investissement.

Le rapport met en lumière un fléchissement inquiétant dans deux des piliers historiques de l'attractivité française : la recherche et les usines. Les ouvertures ou extensions de centres de recherche et développement (R&D) ont ainsi subi un véritable décrochage de 47 %.

Du côté de l'appareil productif, les implantations et extensions industrielles ont reflué de 15 %, avec 354 projets enregistrés contre 415 l'année précédente. Les secteurs industriels traditionnels comme l’automobile, la chimie, la plasturgie ou la métallurgie affichent les baisses les plus marquées.

EY note également un fléchissement de moitié des investissements en provenance d'Allemagne et des États-Unis depuis 2022, même si le marché américain conserve de justesse son rang de premier investisseur dans le pays avec 19 % des projets.

L’intelligence artificielle et l’énergie sauvent les meubles

Tout n'est pas sombre dans le paysage dessiné par l'étude. La France parvient à s'imposer comme le grand pôle d'attraction européen dans le domaine de l'intelligence artificielle. L'Hexagone a attiré 53 projets liés à l'IA, soit une progression de 26 % sur un an, devançant le Royaume-Uni.

Le baromètre nuance toutefois ce succès en précisant que la position française reste exposée et repose encore beaucoup sur les infrastructures physiques, à l'instar des data centers qui représentent plus d'un tiers des projets répertoriés.

L'énergie décarbonée s'impose elle aussi comme un argument de poids. Si le nombre d'investisseurs y est un peu moins élevé, les projets menés dans l'énergie s'avèrent beaucoup plus denses en emplois, affichant une moyenne de 34 postes créés par projet, en hausse de 17 %. Globalement, les secteurs de l'énergie bas-carbone et la défense enregistrent de fortes progressions, avec respectivement +84 % et +25 % de projets IDE en Europe entre 2024 et 2025.

La logistique, quant à elle, concentre à elle seule la moitié des créations d'emplois liées aux IDE en France, générées par seulement 5 % des projets.

À l'inverse, EY pointe le recul préoccupant des centres de R&D (–47 % en France), des secteurs traditionnels comme l'automobile, la chimie ou la métallurgie, et l'incapacité de l'Hexagone à « capter des projets d'envergure dans les semi-conducteurs », contrairement aux années précédentes.

Les grands patrons pointent des handicaps critiques

Pour expliquer ce ralentissement généralisé, l'étude d'EY s'est penchée sur les motivations et les griefs des investisseurs. Si la taille du marché intérieur, la capacité d'innovation et la qualité des infrastructures restent plébiscitées, les critiques à l'égard des faiblesses structurelles françaises se font de plus en plus vives. 

Ainsi, les dirigeants étrangers interrogés identifient les conditions macroéconomiques et l'instabilité politique comme les principaux freins au développement de leurs opérations. Les éternels points noirs liés à la compétitivité-coût refont surface : la fiscalité, le coût de la main-d'œuvre et le coût de l'énergie sont massivement désignés comme des handicaps majeurs face à la concurrence internationale.

Dans ce contexte tendu, une période d'attentisme semble s'installer. Seuls 57 % des dirigeants interrogés par EY prévoient de s'implanter ou d'étendre leurs activités en France au cours de l'année, soit un recul de cinq points par rapport à l'année dernière. Enfin, les perspectives de reprise rapide s'éloignent : 69 % des décideurs considèrent qu'un retour à la normale de la situation économique et politique en France ne se fera pas avant deux ou trois ans.

Sept priorités pour relancer la dynamique

Face à ce diagnostic, EY formule sept recommandations à destination des décideurs publics et privés pour préserver et renforcer l’attractivité française :

  • Rassurer et redonner de la lisibilité afin de maintenir la confiance des investisseurs et soutenir la dynamique d’investissement ;
  • Restaurer la compétitivité-coût et l’adapter à la prochaine génération des investissements ;
  • Assumer une stratégie industrielle et technologique sélective, pour les groupes, les PME-ETI et les entrepreneurs
  • Accélérer le financement de l’innovation et des infrastructures critiques, notamment dans le cloud, les data centers et l’énergie décarbonée ;
  • Transformer la transition écologique en levier de compétitivité, notamment en maintenant un soutien massif à la décarbonation industrielle
  • Gagner la bataille des talents et des compétences, notamment en jouant sur la stabilité du cadre européen pour attiter les talents internationaux, dans un contexte de concurrence mondiale accrue,
  • Construire une Europe « plus forte, plus unie et plus agile », grâce à une stratégie d’attractivité coordonnée, résumée par le slogan : « Choose Europe, Made in Europe ».

En définitive, pour Jean-Roch Varon, président d’EY France, « l’attractivité n’est pas un héritage, mais une dynamique qui se construit en permanence. La France a les atouts pour rester leader, mais elle doit désormais corriger ses fragilités et s’inscrire dans une vision européenne ambitieuse ».

Retrouvez l'étude complète ici

Samorya Wilson