Transmissions de PME en 2025 : comment le build-up défie l’incertitude économique

A LA UNE
Outils
TAILLE DU TEXTE

Selon le 10ème Panorama annuel des cessions et acquisitions de PME publié par In Extenso Finance, en collaboration avec Epsilon Research, le 13 avril dernier, malgré un recul de 12 % du nombre d’opérations, le marché des cessions-acquisitions de PME affiche une résilience remarquable, portée par les stratégies de consolidation et l’essor des technologies.

Après une année 2024 particulièrement dynamique, le marché des transmissions de PME a marqué le pas en 2025. Avec 1 076 opérations recensées, l'activité affiche une baisse de 12 % par rapport à l'exercice précédent. Toutefois, selon les analyses d’In Extenso Finance, ce repli doit être nuancé : le volume d'opérations se maintient à des niveaux comparables à ceux observés en 2023 et 2022, témoignant d'une capacité de résistance réelle.

L’étude pointe deux facteurs majeurs pour expliquer ce léger ralentissement. D’une part, le climat d'instabilité politique nationale a généré une prudence généralisée chez les dirigeants, nombre d'entre eux ayant préféré mettre leurs projets de cession en suspens. D’autre part, un désalignement persistant entre les exigences des vendeurs, souvent calquées sur les valorisations records de 2021-2022, et la réalité prudente des acquéreurs a complexifié et allongé le processus des négociations.

Le build-up, levier de croissance et de consolidation

L’étude met en lumière une accélération marquée des opérations de build-up, qui représentent désormais près de la moitié des transactions. Ces stratégies de croissance externe, traditionnellement associées aux petites PME de moins de 5 millions d’euros de valorisation, s’étendent désormais aux entreprises de taille intermédiaire, comprises entre 5 et 15 millions d’euros.  « Les fonds d’investissement et les groupes industriels cherchent à générer rapidement des synergies et à consolider leurs positions sur des cibles plus structurées », précisent les auteurs.

Cette tendance s’explique également par l’abondance de liquidités disponibles chez les investisseurs, qui les pousse à poursuivre les acquisitions malgré un environnement incertain. « Les fonds doivent déployer leurs capitaux, et les dirigeants de PME font face à des choix stratégiques : transmettre, ouvrir leur capital, ou changer d’échelle pour assurer leur croissance », analyse Jessy-Laure Carol, associée In Extenso Finance.

Les Technologies, Médias et Télécommunications (TMT) en tête de la croissance

Dans un paysage sectoriel contrasté, les Technologies, Médias et Télécommunications (TMT) se distinguent comme le seul secteur en progression, avec une hausse de 21 % du nombre d’opérations en 2025. « La digitalisation accélérée des entreprises et l’essor de l’intelligence artificielle stimulent la consolidation dans ce secteur, qui représente désormais 41,6 % des transactions Small Cap », indique l’étude.

À l’opposé, les secteurs des services aux entreprises et de la distribution enregistrent des reculs significatifs, avec des baisses respectives de 47 % et 39 %, victimes d’une conjoncture défavorable et d’une sélectivité accrue des acquéreurs.

Une géographie des transmissions inégale

L’Île-de-France reste le poumon du marché, concentrant 38 % des opérations malgré un léger recul de 8 %. L’axe Paris-Lyon, dynamique et structuré, représente à lui seul plus de la moitié des transactions, avec 566 opérations réalisées en 2025.

En revanche, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) subit une chute drastique de 40 % de son activité, tandis que la Nouvelle-Aquitaine (+3 %) et l’Occitanie (stable) résistent mieux que la moyenne nationale.

L’étude révèle également un repli des acquéreurs internationaux, qui ne représentent plus que 1 % des opérations, contre 6 % en 2023. « La mondialisation des échanges recule, et les investisseurs se recentrent sur des cibles nationales pour limiter les risques », observe In Extenso Finance.

Perspectives 2026 : entre prudence et nécessité d’agir

En ce deuxième trimestre 2026, l'horizon reste chargé. Jessy-Laure Carol, Associée d'In Extenso Finance, indique que « le marché devra composer avec des vents contraires », citant en particulier les tensions énergétiques mondiales et les incertitudes liées au contexte politique intérieur.

Pour autant, l'optimisme demeure de mise pour la période à venir. « Le marché peut compter sur des ressorts puissants pour assurer sa résilience », affirme Jessy-Laure Carol. Elle souligne notamment que la perspective des échéances électorales de 2027, devrait inciter de nombreux dirigeants à privilégier une sécurisation de leurs opérations de transmission dès cette année, relançant ainsi une dynamique de croissance.

Par ailleurs, plusieurs facteurs comme la normalisation progressive des conditions de financement, facilitant la concrétisation de projets différés, ainsi que la pression sur les fonds d’investissement pour déployer leurs capitaux disponibles, pourraient soutenir le marché.

Au final, « le marché restera sélectif, exigeant pour les actifs mal préparés ou trop dépendants de leur dirigeant, mais il sera plus fluide pour les entreprises offrant visibilité, gouvernance et potentiel de transformation », conclut Jessy-Laure Carol.

Samorya Wilson