Selon la deuxième édition de l’étude Trends of AI 2026, menée par KPMG et le think tank Les EnthousIAstes et publiée le 23 janvier dernier, l’intelligence artificielle franchit une étape décisive en 2026 en s’imposant comme un levier stratégique et opérationnel au sein des entreprises.
L’intelligence artificielle (IA) n’est plus une simple promesse technologique pour les grandes entreprises françaises : elle fait désormais l’objet d’une intégration structurelle et transverse au sein des organisations structurant les décisions, les processus et même la gouvernance. Selon la deuxième édition de l’étude Trends of AI 2026, menée par KPMG et le think tank Les EnthousIAstes, 60 % des organisations ont déployé un dispositif de pilotage transverse pour industrialiser l’IA, tandis que 86 % ont adopté une charte d’usage responsable. Une transformation qui marque la fin des expérimentations isolées et l’avènement de l’Entreprise Intelligente.
Des usages inégaux selon les métiers
L’étude, réalisée auprès de 356 décideurs français (dont 62 % de membres de Comex), révèle une adoption croissante de l’IA dans huit fonctions clés : Marketing, IT, Relation Client, Finance, RH, Achats, Supply Chain et Risque & Conformité. Ainsi, le Marketing est le champion de l’IA, avec 59 % des entreprises utilisant déjà des outils pour résumer des conversations ou traduire des contenus, et 55 % pour générer des contenus. En revanche, les prévisions de ventes ou de stocks restent marginales (7 %).
Dans l’IT, l’IA est perçue comme un pilier stratégique, mais son industrialisation est encore progressive : 45 % des entreprises consacrent moins de 3 % de leur budget IT aux projets IA.
Du côté du secteur de la finance, l’adoption reste prudente et centrée sur la formation et la gestion des données (38 % des cas d’usage).
Sur le secteur des ressources humaines (RH), les outils de GenAI s’installent dans le quotidien (37 % des entreprises testent l’IA pour la préqualification de CV), mais leur impact transformationnel reste limité.
Quant aux départements « Risque & Conformité », l’IA y est déployée pour des tâches à faible risque (traduction, comptes-rendus), mais peine à s’étendre à des analyses complexes (18 % pour la détection d’anomalies).
« Les entreprises ne se demandent plus si elles doivent adopter l’IA, mais comment l’inscrire durablement dans leurs pratiques », résume Étienne Lecoeur, co-fondateur des EnthousIAstes.
Gouvernance et confiance : les nouveaux défis
L’étude met en lumière un enjeu clé : la gouvernance. Avec 86 % des organisations ayant validé une charte d’usage responsable, souvent portée par le Comex, l’IA devient un sujet de direction générale.
« La création de valeur dépend désormais de la capacité à piloter des modèles intelligents dans un cadre de confiance », insiste Damien Allo.
Pourtant, des freins persistent comme l’industrialisation qui reste limitée dans les fonctions sensibles (Finance, Supply Chain) ou encore les fondations technologiques qui manquent encore pour généraliser l’IA dans la production ou la logistique. De la même manière, la qualité des données et la formation des équipes sont identifiées comme des leviers critiques pour les années à venir.
L’IA, un accélérateur de performance… sous conditions
Selon l’étude, la mesure du retour sur investissement (ROI) dans l’IA progresse, car deux tiers des organisations savent désormais l’évaluer, contre seulement un tiers en 2025. « L’IA s’est diffusée et devient un accélérateur de performance, à condition de la piloter dans un cadre de confiance », souligne Damien Allo, Associé KPMG en charge de l’IA.
Les auteurs considèrent que l’IA n’est plus une option, mais une nécessité stratégique. « Ce qui change, c’est la bascule vers une organisation où l’IA structure les décisions, les compétences et les processus », analyse Étienne Lecoeur. Les entreprises françaises semblent avoir franchi un cap : celui de l’intégration durable, où l’IA n’est plus un outil isolé, mais un système nerveux de l’organisation.
Reste à savoir si cette transformation saura concilier performance économique et responsabilité, dans un contexte où la confiance des parties prenantes devient aussi cruciale que les gains de productivité.
Samorya Wilson